Meursault menait une vie froide et sans éclat, tout lui était égal. Il vivait étranger à soi-même. N’arrivant à comprendre ni la vie ni les gens qui l’entourent ni soi-même, il vivait en absurdité totale. Et comme il n’avait aucun but dans la vie, il suivait aveuglément le malin Raymond qui l’avait engagé à tuer un Arabe, pour se trouver enfin face à une condamnation à mort. C’est en risquant de perdre la vie que l’on comprend sa vraie valeur. À partir de ce moment, il a commencé à acquérir des qualités qu’il n’avait pas. À sa froideur extrême, il est devenu sensible et éprouve les sentiments humains, la joie et la tristesse, le dégoût et la connaissance envers les autres.
La sensibilité n’est pas la seule qualité gagnée par le condamné à mort, mais aussi sa raison et sa clairvoyance. Après avoir été dirigé minutieusement et déjoué avec habileté, il commence à voir clairement et réussit à acquérir un esprit critique qui accepte ou refuse selon un raisonnement logique. Il regrette les fautes du passé ainsi que son obéissance aveugle à Raymond.
Dans les derniers moments de sa vie, il s'est révolté contre l'aumônier qui insistait pour le voir. C’était vraiment incroyable, le calme, le froid et l’indifférent sent le sang couler abondamment dans ses veines et lui monter à la tête. Et l’image se renverse, il était mort, il revient à la vie. Ce n’est guère une mort, c’est plutôt une résurrection. C’est en croyant tout perdre que l’on gagne tout. La résurrection du héros provoque une résurrection du roman tout entier. On constate un passage du style indirect au style direct, des phrases courtes et simples à des phrases longues, complexes et riches d'adjectifs, d'un vocabulaire simple ordinaire à un vocabulaire raffiné et littéraire avec des mots recherchés. On sent aussi un changement du style qui devient plus rapide, la chaleur parvient jusqu’au lecteur pour lui rappeler la résurrection totale qui se produit dans le roman tout entier.
Vraiment on n’exerce la vie qu’en la perdant, qu’en se libérant de ses exigences. Il comprend maintenant pourquoi sa maman s'est donné un fiancé à la fin de sa vie, car la mort est la vraie vie. Quant à lui, il commence à savourer les plaisirs de la vie, et pour la première fois, il aperçoit« La merveilleuse paix de cet été. » [29] Il est actuellement attentif ,à tous les détails comme un exilé qui revient à son pays natal après une longue absence. Enfin l’étranger regagne sa patrie.
Ce grand Camus, expert en symboles, réussit toujours avec sa clairvoyance à déceler les choses, l’Occident ayant la corde au cou, ne peut se libérer de la tutelle d’Israël qu’en mourant. D’où la signification du nom du protagoniste du roman Meursault. Il se compose de deux parties : "meurs", c’est le verbe mourir à l’impératif ; "sault" semble insignifiant, mais en modifiant l’ordre des lettres, on obtient "salut". Le tout est "meurs pour retrouver ton salut". C’est avec le déclin de l’Occident que la paix règne sur la terre.
Maintenant qu’il a connu le goût de la liberté, il n’a plus peur de la mort. Le roman s’achève avec cette déclaration : « il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine. » [30]
Meursault est jugé pour son crime aussi bien que pour ses caractères et son comportement avec sa maman. Son égoïsme, sa passivité, sa lâcheté, son esprit matérialiste, sa soumission à ses besoins physiques qui le mettent sur un pied d'égalité avec les animaux, et son aptitude à être tributaire sont son vrai crime ou plutôt les motifs de ses deux crimes, car, et avant d'assassiner l'Arabe, il a tué sa maman, sinon physiquement il l'a achevée moralement, en la jetant dans un asile. Du coup, une condamnation à mort est la sentence la plus méritée dans son cas. Mais à vrai dire, il a été condamné à la vie, se rendant compte de toutes ses fautes antérieures et parvenant à les dépasser, il acquiert des caractères humains, mais aussi sa liberté. Il symbolise par là l’Occident, qui cédant au procès de l’Histoire et étant condamné au déclin pour ses crimes contre l’humanité, gagnerait par là même sa liberté en s’échappant de la tutelle d’Israël.